Les Moukhadames : TAFSIR ABOU CISSE – EL HADJ AMADOU CISSE – El Hadji Omar Ibn Said TALL – Cheikh Hadi Tourè

IBRAHIMA NIASS TAFSIR ABOU CISSE
Né dans le village de wanar près de kaffrine dans le saloum vers 1862. Il vint s’établir à pire en 1902 où il reçut l’autorisation d’Elhadji Malick Sy de célébrer le Gamou une semaine après celui de Maodo ; il quittera ce bas monde en 1961 à l’âge de 99 ans.

EL HADJ AMADOU CISSE
A la disparition de Tafsir Abdou Cissé, il prit le khalifat nourri et abreuvé dans la source D’EL HADJI MALICK SY il a su continuer l’œuvre de son père. Il fut l’un des lecteurs patentés d’EL HADJI MALICK SY en même temps que SERIGNE MANSOUR SY. il quittera ce bas monde en 1980.

El Hadji Omar Ibn Said TALL (1794/1797 -1864)L
Ce géant de l’ histoire est né à Halwar , village situé à quelques dizaines de kilomètres en amont de Podor à une date controversée comme le seront d’autres dates marquantes de sa vie, dans un cadre dominé par une grande ferveur religieuse et un goût prononcé pour les études.
Soufi sunnite hors pair, jihadiste de premier plan, propagateur ardent de la Tidjaniya, nationaliste intransigeant, brillant érudit et écrivain de génie, il a mené une vie d’une exceptionnelle fécondité. Il mémorisa le Coran très tôt et très vite. Sa soif de connaissances et le destin hors du commun qui l’attendait le menèrent auprès des grands maîtres de la Sénégambie de l ‘époque ,du Fouta à l’Université de Pire, du Fouta Djallon aux Lieux Saints de l’Islam. Plusieurs localités se disputeront l’honneur de l’avoir accueilli.
Au Fouta -Djallon Abdoul Karim approfondit son initiation à la Tidjaniya , voie à laquelle il l’avait déjà affilié au Fouta Toro . Il cite sa chaîne initiatique dans son chef- d’œuvre Rimah consacré à la Tidjaniya.
A trente ans il se mit en route pour La Mecque, son voyage dura une vingtaine d’années. C’est à la station d’Abraham qu’il rencontra celui qui en fera un Khalife de Cheikh Tidjane sur l’ordre du prophète Mohamed , changeant du même coup son destin et celui du Soudan occidental : le chérif Mohamed El Ghali, grand disciple du fondateur de la voie . Il l’initia plus profondément encore aux arcanes de la Tidjaniya. Il visita la Syrie, se rendit à Jérusalem où il dirigea une prière à la mosquée Al Aqsa. Il retourna à la Mecque pour son troisième pèlerinage, on était en 1829. Son cheikh le libéra, il passa par Le Caire où l’attendait une partie de sa famille, des joutes oratoires l’opposèrent aux Oulémas de la célèbre Université Al Azhar, il y aurait étonné les savants par ses connaissances relatives au Coran, au droit et à littérature arabe, à la mystique…
Sur le chemin du retour, entre autres étapes, celle de Sokoto. Il y resta sept ans auprès du souverain Mohamed Bello, fils d’Ousmane dan Fodio. De là le Macina, Kangaba, le Fouta Djallon , Djegunko l’accueillirent tour à tour tantôt avec enthousiasme tantôt avec froideur et jalousie. Il eut le temps de terminer le manuscrit de Rimah entamé auparavant au Sokoto. Il s’ébranla en direction de Halwar. Il fut reçu à Donaye, en 1846 par Caille, représentant de la France. Littéralement fasciné par El Hadj Omar, il lui remit des cadeaux au nom de la France. Il les accepta mais révéla sa volonté d’islamiser toute l’Afrique noire, et sa détermination à s’opposer à toute forme d’hégémonie. Il informa les notables et les populations de son projet de Jihad et attira de nombreuses adhésions dans toutes les couches de la société extrêmement hiérarchisée du Fouta. C’est de cette époque que datent les affiliations de Alpha Mayoro WELLE et de Mamadou DIALLO qui affilièrent à leur tour respectivement à la Tidjaniya El Hadji Malick SY et El Hadji Abdoulaye NIASSE. Il s’installa à Djegunko , première zaouïa Tidjaniya d’Afrique noire où la vie allait être marquée par l’étude du Coran et des sciences islamiques et par des exercices militaires. De 1849 à 1851, El Hadji Omar nourrira les corps et les esprits de ses disciples, tout en fortifiant leurs âmes.
A la suite de nombreuses campagnes contre des souverains païens et musulmans qui préférèrent s’allier à des rois animistes, il édifia un puissant Etat théorique. Ce que ne pouvait tolérer les Français avec lesquelles il eut de nombreuses frictions. Maître de Hamdallahi, capitale du Macina, il y fut assiégé par une coalition macino tombouctienne. Le siège dura neuf mois, de Mai 1863 à Février 1864 ,il put mettre fin au siège et se dirigea vers le pays dogon. Rejoints par les armées ségoviennes, maciniennes et tombouctiennes , les omariens se défendirent vaillamment malgré l’épuisement et le surnombre des ennemis. El Hadji Omar se réfugia dans les falaises de Bandiagara, sa fin fut mystérieuse.
Cheikh Omar constitue un élément dynamique de l’évolution historique de son époque. Il est ainsi entré dans l’histoire par la grande porte, et son nom évoquera toujours l’Islam, la Tidjaniya et le nationalisme.
S’il fut un chef militaire remarquable, sa dimension mystique et religieuse est indéniable. En effet, le combattant de la foi qui a reçu l’autorisation de faire la Jihad le 6 septembre 1852 en entendant une voix divine lui dire par trois fois :  » Tu es autorisé à faire la guerre sainte ! « . Il a eu plusieurs visions du prophète Mohamed à l’état de veille, il l’a montré à d’autres aussi. Il connaissait le Grand Nom de Dieu inconnu des hommes entre autres bienfaits de son seigneur.
De lui un manuscrit anonyme de Fès dit qu’il est capable de réécrire de mémoire tous les livres de la charia et des Hadiths du prophète. Hommage pouvait-il être plus vibrant ?
Enfin il a laissé des manuscrits et ouvert un important champ de recherches désigné sous le nom d’études omariennes.
D’après El Hadj Omar la perle du soudan , Samba DIENG
Muhamd al Hafiz : naquit au village de Bareyne situé à 120 Km du fleuve Sénégal, au Sud de la Mauritanie. Grand érudit de la de la tribu maure des idaw Ali, il étudia auprès d’ illustres maîtres de Chinguetti. C’est lors de son pèlerinage à la Mecque vers 1803, qu’il rencontra Ali Harazim Berrada disciple du Cheikh at Tidjani qui lui parla de son maître . Il se résolut alors à passer à Fez sur son chemin du retour. Il reçut de lui le titre de moqaddem chargé de diffuser la voie au Sud du Sahara . Il le diffusa en Mauritanie jusqu’aux rives du Sénégal. Son principal disciple Mawlud FALL initia El Hadji Omar à la Tidjaniya.
Mawlud FALL décéda en 1851 : grand moqaddem de la voie tidjaniya , il arriva à Fez quelques jours après la mort du fondateur de l’ordre qui lui laissa cependant un legs composé d’un tapis de prière, d’une bouilloire à ablution et d’un chapelet. Il fut l’un des premiers disciples de Muhamd al Hafiz , il conféra à El Hadji Omar le titre de moqaddem. 

Cheikh Hadi Tourè(1894 -1979)
Mouhamed Hadi Tourè est né dans une famille de lettrés. En effet, son père Cissa Touré a fréquenté le séminaire de Ndiarndé et du coté maternel, il est petit fils de Khali Madiakhaté Kala.
Après avoir étudié le Coran sous la férule du père, il quitte son village natal de Fass, fondé par son père pour suivre les cours d’El Hadj Malick SY à Tivaouane. Doté d’une intelligence vive et d’une mémoire prodigieuse, il ne tarda pas à assimiler auprès du doyen de l’Université de Tivaouane (Maodo) un grand nombre de disciplines: exégèse coranique, droit musulman, littérature arabe orientale comme hispano maghrébine, les mathématiques et l’astronomie.
Savant et professeur, Sérigne Hadi était aussi poète. Ses poèmes en wolof fort célèbres sont souvent chantés mélodieusement dans les veillées religieuses tidjanes qui ne connaît cet air :  » So yeboo baña waali lambu waa faas…  » ? Ce chantre du prophète Mohamed (PSL) et de son maître Cheikh Tidjani est l’auteur d e travaux en astronomie et en mathématiques réputés. Il a mis au point une horloge et établi un mode de calculs qui permettent de prévoir par exemple  » le jour de la Tabaski en l’an 2000″ ( comme il promettait de le dire au professeur Amar Samb de l’IFAN, en 1969). Ces ouvrages dans ce domaine peuvent être consultés à l’IFAN.
Soufi austère, son école avait une réputation de rigueur implacable. Il compte parmi ses disciples Aboul Aziz Dabakh à qui il a dédié un panégyrique en wolof, son diwan ( recueil de poèmes) est riche de cinquante huit pièces. Ce poète de talent excellait dans tous les domaines de la poésie, il a même écrit, pour rendre grâce à Dieu de ses bienfaits:  » Je compose ce que je veux en poésie sur n’importe quel mètre avec n’importe quelle rime. » Le coran dit bien au verste 11de la sourate XCIII :  » Du bienfait de ton Seigneur parle ! »

El Hadji Ahmed DEME
Né en 1895 , d’origine toucouleur est apparenté aux Mbacké de Touba , aux SY de Tivaouane et Ousmane Dan Fodio . Pour avoir sillonné le Fouta de long en large , il eut l’opportunité de fréquenter de grands maîtres et d’amasser des connaissances dans tous les domaines des sciences islamiques. Très tôt orphelin, sa mère,très fortunée, avait dépensé beaucoup ses études en lui achetant pas mal de livres. C’est un de ses maîtres Alpha Mouhammadou AW
qui lui transmit le wird. Ses études terminées, il revint s’installer à Sokone. C’est en 1922 qu’il fit le pèlerinage à La Mecque. Il a été investi moqaddem par Seydi Hadji Malick SY. Il a beaucoup écrit et dans les domaines aussi divers que la théologie, les traditions prophétiques, le mysticisme, la grammaire, les mathématiques, la philologie, la littérature. Cependant son ouvrage le plus célèbre est son Exégèse coranique composé pendant vingt ans en vingt volumes, son titre : Clarté des deux fleurs. 

MOUHAMED NIASS
Il est né à Kaolack en 1881, il fit ses études sous la direction de son père qui lui enseigna toutes les disciplines : Coran, exégèse, hadith, orthoépie (tajwid), théologie, mysticisme, philosophie, droit, logique, rhétorique…Imam simple et grand maître, il a enseigné toutes les disciplines religieuses et profanes. Expert dans la biographie du prophète, il a consacré 15 ouvrages en prose ou en vers à Mohamed ( PSL) et tout en un diwan à Cheikh Ahmed Tidjani. Parmi se écrits dédiés à l ‘Apôtre mir’a es safà ou Le miroir de la pureté édité en 1925 au Caire. Grand chantre du prophète, il est aussi l’un des plus grands panégyristes du fondateur du tidjanisme. Le recueil qu’il lui a consacré a été édité au Caire en 1955 et portant le titre de L’or rouge ou panégyrique sur le plus grands des poles .


IBRAHIMA NIASS
Cette merveille de son temps est né en 1901 à Taïba Niassène, il a étudié les sciences islamiques sous la direction de son père d’abord et de son frère Muhammad ensuite. Cette éminente personnalité exerça une autorité spirituelle telle qu’elle s’est imposée à l’attention des islamisants. La large audience dont il a joui dépasse largement les frontières nationales. Il compte des disciples en Mauritanie, au Soudan, au Ghana, au Nigeria… Ecrivain fécond et de talent, mais aussi et surtout théologien de combat, il a toujours pris sa plume chaque fois la Religion est attaquée. Envisage-t-on de déplacer le maqâm d’Ibrahim ? Ibrahima NIASSE prend position pour le maintien de cette station là où elle était. Le Président Bourguiba parle -t-il de réformer le Ramadan ? Il dénonce et bien d’autres fois encore.
Mettant l’accent sur l’instruction, il enseigna l’arabe, le Droit musulman, la théologie dans son Institut d’Etudes Islamiques de Médina Niassène et ouvrit un sillon dans la voie tidjani dénommé Tarbiya. Ses fonctions d’enseignant ne l’empêchaient pas d’être un marabout cultivateur. Parmi ses écrits on peut citer Taisir el wusul ila hadra er Rasul ou Moyen d’atteindre facilement l’Apôtre, Nujum el huda ou Les étoiles de la bonne direction. Il est décédé à Londres en 1975.

CEZAT / le 02 octobre 2005